29/10/2006

29/10/06 - 22:01

L'homosexualité veille comme le monde !

L'homosexualité dans l'Antiquité Grecque et Romaine
Le terme "homosexuel" est très récent (fin du XIXe siècle), et l'habitude que nous avons prise de l'employer nous incite à trouver "naturelle" la distinction des personnes en deux groupes : celles qui ont des rapports avec des personnes du même sexe qu'elles et celles qui en ont avec des personnes de l'autre sexe.
Mais cette distinction est inconnue de l'Antiquité où les individus sont spontanément bisexuels, avec des préférences individuelles plus ou moins prononcées, et se différencient sur d'autres critères. Comment, avec notre grille de référence, qualifier un Alexandre le Grand qui a eu pour compagnes des centaines de femmes, et seulement deux hommes, mais qui a été amoureux, passionnément et longtemps, d'un seul de ces deux hommes ?
Grèce : une homosexualité aux multiples visages
Chez les Grecs existe une homosexualité de type pédérastique, où un amant adulte aime un enfant de naissance libre encore impubère : il s'agit d'un rite social de passage, où l'enfant élevé par les femmes s'émancipe pour devenir un homme. Une fois pubère, l'adolescent ne peut plus poursuivre cette relation.
Mais les Grecs connaissaient aussi l'homosexualité entre adultes et la considéraient assez favorablement car plusieurs tyrans furent tués, et la démocratie installée dans plusieurs villes, par des amants homosexuels jaloux. Les homosexuels ont donc joui d'une réputation de courage et d'amour de la liberté. Ils font d'ailleurs partie des meilleurs guerriers, et le célèbre bataillon sacré de Thèbes, par exemple, composé uniquement de couples d'hommes amants, s'est couvert de gloire pendant plus de 30 ans : il fallut toutes les armées d'Alexandre pour en venir à bout !
Pour les Grecs, "celui qui aime la beauté humaine sera favorablement et équitablement disposé envers les deux sexes, au lieu de supposer que les hommes et les femmes différent sous le rapport de l'amour comme sous celui du vêtement" (Plutarque).
La liberté sexuelle étrange des Romains
Les Romains sont bisexuels sans état d'âme. Leur règle de comportement moral et social, très contraignante, suppose qu'un homme libre doit être "actif", c'est-à-dire être celui qui pénètre : la passivité chez un citoyen libre est infamante, fait perdre tout honneur à celui qui s'est fait pénétrer.
En conséquence, on ne peut pénétrer, en dehors de sa femme, aucune femme libre, célibataire ou mariée, et aucun homme libre : si deux hommes libres ont des rapports, le passif est sévèrement puni (en théorie). Si un adulte a des rapports avec un jeune citoyen non pubère, il sera puni (et là l'indulgence est rare). Restent à la libre disposition des maîtres tous les esclaves et tous ceux qui ne sont pas Romains, hommes et femmes, enfants, adolescents ou adultes… Ce que résume le philosophe Sénèque : "la passivité sexuelle chez un homme libre est un crime, chez un esclave, une obligation, chez l'affranchi, un service".
Ainsi Cicéron, qui a dirigé un moment l'Empire, a une femme (et un fils), mais lui préfère les charmes de son jeune esclave-secrétaire favori !
Ces exemples grecs et romains prouvent que, dans d'autres sociétés les rapports homosexuels ont été beaucoup plus fréquents et acceptés que dans la nôtre. Ainsi, c'est en partie le conditionnement social qui fait juger par la majorité des Français actuels certains types de plaisir sexuel peu désirables (les rapports homosexuels), et qui en survalorise d'autres (l'hétérosexualité). Ce n'est pas la "réalité" ou le caractère "naturel" du plaisir qui est en jeu, mais les habitudes d'une société. C'est la société dans laquelle ils vivent qui fait que, dans le domaine du plaisir sportif, les Français préfèrent le football, les Américains le base-ball, tel autre peuple le rugby, le tennis, le cricket, le vélo, le judo ou le ping-pong : de la même manière, pour le plaisir sexuel, les Français d'aujourd'hui préfèrent majoritairement l'hétérosexualité, mais il n'en a pas toujours été ainsi.
L'homosexualité : innée ou acquise ?
Homosexuel, bisexuel ou hétérosexuel… De nombreux chercheurs ont essayé et essaient encore de trouver les origines de nos orientations sexuelles. Du déterminisme génétique aux explications psychanalytiques, petite revue des certitudes …
Aujourd'hui, diverses études sociologiques permettent d'affirmer que l'homosexualité existe dans toutes les sociétés. Le pourcentage de personnes à orientation homosexuelle est à peu près le même dans toutes les sociétés et à travers toutes les époques. En clair, le comportement homosexuel est universel et a toujours existé. Selon les statistiques, l'homosexualité exclusive touche environ 3 % de la population. Proportion à laquelle il faut ajouter les personnes ayant des orientations bisexuelles ou homosexuelles occasionnelles.
Vers une explication constitutionnelle: une obsession américaine
En 1991, le docteur Le Vay, neurologue à l'Institut Salk aux Etats-Unis publiait une étude anatomique sur une partie du cerveau (l'hypothalamus) de 41 sujets décédés de diverses affections parmi lesquels 16 étaient homosexuels. Il releva alors qu'une minuscule structure appelée INH3, connue pour être active dans le comportement sexuel des mammifères, était deux fois moins volumineuse dans les cerveaux des personnes homosexuelles étudiées.
En 1993, une autre équipe médicale, dirigée par Dean Hamer, tentait de démontrer le caractère génétique de l'homosexualité, suggérant une particularité sur le bras long du chromosome X, transmise uniquement par la mère, et qui serait plus fréquente chez les personnes homosexuelles.
En avril dernier enfin, une autre équipe américaine a tenté de mettre en évidence une association entre le schéma de la main masculine et le comportement sexuel. Sous l'action des hormones mâles, les hommes ont un index plus court que l'annulaire. Or, selon les auteurs, les femmes homosexuelles auraient une main possédant ces caractéristiques masculines !
Ces diverses études optent pour une hypothèse constitutionnelle de l'homosexualité, cherchant à en démontrer le caractère inné. Qu'elles s'orientent vers des explications anatomique, génétique ou hormonale, elles essaient d'affirmer que l'on naît avec une orientation hétérosexuelle, homosexuelle ou bisexuelle, indépendante de notre éducation et de notre environnement.
Un caractère inné ? Pas de preuve mais de larges soutiens…
Ces études sont souvent soutenues par des groupes aux intérêts pourtant divergents. Des associations homosexuelles cherchent ainsi à montrer que les gays ne sont pas responsables de leur homosexualité puisqu'elle serait innée. A contrario, des lobbys conservateurs s'intéressent à ces études pour prouver que les homosexuels sont des handicapés.
Réalisées sur un nombre faible de patients, ces études n'ont pas apporté la moindre preuve du caractère constitutionnel de l'homosexualité. A chaque fois que des chercheurs ont tenté de les refaire, ils n'ont jamais réussi à obtenir les mêmes résultats.
De son côté, la psychanalyse a largement interprété l'homosexualité et le processus de constitution de l'identité sexuelle, avec des analyses différentes selon les écoles (freudienne ou lacanienne).
Homosexualité : une origine génétique… peu convaincante
L'homosexualité est-elle innée ou acquise ? Tour à tour associations gay et groupes de conservateurs s'emploient, pour des raisons qui, on s'en doute, ne sont pas les mêmes, à utiliser les différentes recherches sur cette question. Une nouvelle étude effectuée sur des jumeaux devrait relancer le débat.

Une équipe de chercheurs dirigée par le Docteur Kenneth Kendler du Medical College of Virginia vient de publier les résultats d'une recherche* qui montrerait une possible transmission génétique de l'homosexualité. Mais les données de l'étude restent pour le moins discutables.
Un échantillon quantitativement faible
Sur les 50 000 familles dont les données étaient rendues disponibles par la Foundation Midlife Development, l'équipe de Kenneth Kendler a examiné les comportements sexuels de 794 paires de jumeaux et 2 907 couples de frères et soeurs. Sur cet échantillon, 2,8 % des personnes interrogées étaient homosexuelles ou bisexuelles. Parmi les 324 couples de vrais jumeaux (même patrimoine génétique), 6 reconnaissaient être tous les deux homosexuels ou bisexuels et 19 que l'un des deux était homosexuel alors que son binôme ne l'était pas.
Des conclusions rapides
A partir de ces données, les conclusions des chercheurs dans l'American Journal of Psychiatry furent les suivantes : un vrai jumeau sur trois serait homosexuel quand son frère l'est, soit 31,6 % des jumeaux homozygotes, alors que dans le cas des faux jumeaux du même sexe le chiffre serait de 13,3 % ; et de 8,3 % si l'on considère tous les faux jumeaux.
Et de conclure que : "les facteurs génétiques peuvent avoir une grande influence sur l'orientation sexuelle". Enfin, si Kenneth Kendler reconnaît que le rôle des gènes joue "en interaction avec des facteurs environnementaux", on ne voit pas bien en quoi l'étude démontre la part des deux phénomènes… Surtout quand on sait à quel point les relations entre jumeaux, vrais ou faux sont différentes, ne serait-ce que pour des raisons symboliques ou de représentations parentales et sociales…
Des critiques associatives en boomerang
Mais l'intérêt d'une telle étude est encore moins évident "sinon pour chercher à guérir les homosexuels", affirme, avec méfiance, le porte parole de Stonewall, l'association anglaise pour la défense des droits des gays.
La question n'est pas close et soulèvera probablement encore de nombreuses polémiques.
Hétéro, homo, bi ? La préférence sexuelle
"Nul n'est libre d'être homosexuel ou de ne pas l'être : un homme, une femme n'est libre que de dire oui ou non à sa nature, de mettre en pratique ses tendances ou de les refouler" (Fernandez).

"Il est vrai que l'homosexuel n'a pas choisi son destin, et que les mêmes forces qui ailleurs conduisent à l'hétérosexualité se sont trouvées révéler ici au sujet, à sa profonde surprise parfois et sans qu'il y puisse mais, qu'il était d'un autre bord" (Melman).
Une sexualité humaine normale très variée
A la naissance, l'être humain est, dans tous les domaines, un des plus démunis de tous les mammifères, notamment pour sa sexualité. Celle-ci se construira peu à peu en fonction de l'entourage familial et social de l'enfant, de l'adolescent puis de l'adulte, qui donne le type d'apprentissage possible et le cadre dans lequel le réaliser.
Chacun intégrera à sa façon dans son projet de vie ses expériences sensorielles, sensuelles et émotionnelles : elles lui permettront de découvrir ce qu'il est et de choisir ce qu'il veut être en conséquence.
Au bout du compte, les adultes se retrouvent dans une grande variété de comportements qui vont de l'hétérosexualité exclusive à l'homosexualité totale, en passant par tous les pourcentages de rapport entre les deux : donc la majorité des humains sont bisexuels, avec des proportions diverses entre partie homo et partie hétéro.
Une marge de liberté individuelle
Mais certains adultes ne passent jamais à l'acte dans leur tendance minoritaire : des hétéros n'ont ainsi jamais de sexualité homo, comme certains homos n'ont jamais d'expérience hétéro. D'autres l'ont tenté, mais n'y ont pas trouvé des motifs suffisants pour persévérer ; d'autres, enfin, continueront toute leur vie à être bisexuels, au gré des rencontres.
La focalisation sur la sexualité ne doit pas faire oublier qu'un nombre non négligeable d'individus n'établissent pas de rapports sexuels avec une autre personne, et qu'il existe donc des homos et des bis vivant une chasteté absolue (ou ne pratiquant que la masturbation), de même qu'il existe aussi des hétéros chastes (les religieux consacrés, par exemple).
En somme, chacun attribue une place particulière au plaisir sexuel dans sa vie, et à tel type de plaisir plutôt qu'à tel autre : "ce problème fait partie du plus vaste problème du libre arbitre en général : le choix de la rue qu'on habite, des vêtements qu'on porte, de la nourriture qu'on mange, etc" (Kinsey). "Intelligent et saine manière de dédramatiser la sexualité, en la ramenant à une des pratiques de la vie quotidienne" (Fernandez).
Du point de vue médical, homo- et bisexualités ne sont pas des maladies, mais des variantes comportementales, au même titre que l'hétérosexualité.
Du point de vue de la morale laïque, dont le fondement est l'interdiction de nuire à autrui, les philosophes ont, depuis le XVIIIe siècle, renoncé à condamner l'homo et la bisexualité.
Tous bi or not tous bi ?
Peut-on se sentir à la fois hétérosexuel et homosexuel, comme le dictionnaire définit la bisexualité ? C'est justement ce "à la fois" qui soulève des questions. Est-ce un simple passage entre l'hétérosexualité et l'homosexualité ? Le bisexuel est-il une personne qui n'a pas encore trouvé sa voie, instable dans ses choix ? Ou au contraire, a-t-il trouvé une plénitude en variant ses relations ?
Ces questions, les spécialistes se les posent également. Et ce flou dans les définitions complique les études sur la bisexualité. Aussi se font-elles rares et imprécises. La première enquête sociologique du genre est celle d'Alfred Kinsey1,2 dans les années 1950. Il fait découvrir entre autres à une Amérique soi-disant puritaine, que 33 à 46 % des hommes sont bisexuels comme 15 à 25 % des femmes. Sa définition de la bisexualité est très large. Il inclut par exemple dans cette catégorie, toute personne ayant eu une expérience homosexuelle à l'adolescence, même si ensuite elle n'a eu que des relations hétérosexuelles. A cette occasion, Kinsey crée une échelle pour nuancer la bisexualité selon l'attirance plus ou moins marquée vers l'un ou l'autre sexe. Ainsi, cette échelle va de 0 pour les hétérosexuels jusqu'à 6 pour les homosexuels. Ceux recevant la note de 3 sont les personnes se sentant autant attirées par les hommes que par les femmes. En fait, selon l'enquête réalisée par Martin Weinberg et Colin Williams en 1994 aux Etats-Unis3 avec des critères de sélection plus stricts, ils seraient peu nombreux.
Plus proche et plus hexagonale, l'analyse des comportements sexuels réalisée par Alfred Spira en 19924 révèle seulement 2 % de bisexuels. Soit autant que d'homosexuels parmi un échantillon représentatif de la population française.
Une grande culpabilité pour les bisexuels
Des résultats trop épars pour vraiment éclairer le débat. Mais une éclaircie pourrait venir d'une étude en cours. Pour une fois, une enquête est spécifiquement consacrée aux bisexuels. Selon les premiers résultats obtenus par le sociologue Daniel Welzer-Lang de l'université de Toulouse5, les bisexuels existent bel et bien. Avec un style de vie, des goûts sociaux se démarquant des homosexuels et des hétérosexuels. Il observe également que de nombreux hommes bisexuels ressentent une grande culpabilité de leurs attirances sexuelles.
Chacun naît bisexuel
La biologie a également été appelée à la rescousse pour expliquer la bisexualité. On retrouve alors les débats autour de l'inné de l'identité sexuelle. Ainsi, l'ambiguïté sexuelle serait naturelle, selon certains. Ils argumentent que tous les embryons sont femelles jusqu'à la 5e ou 6e semaine de vie foetale, c'est-à-dire jusqu'à ce que les androgènes foetaux entrent en activité.
Cette théorie rejoint celle que Freud développe dans ses trois essais sur la théorie de la sexualité (1905). Selon lui, chacun naît bisexuel. Peu à peu, les orientations sexuelles apparaissent, par des processus complexes où la socialisation est le point essentiel. Pourtant, malgré la survenue de ces préférences sexuelles, chacun oscille toute sa vie entre des sentiments hétérosexuels et homosexuels, poursuit Freud (1911).
Selon les lieux et les époques où l'on se situe, il est certain que la bisexualité a toujours existé. Ainsi les anthropologues américains Clellan Ford et Franck Beach6 dans leur étude du comportement sexuel ont remarqué que certaines formes d'homosexualité et de bisexualité étaient bien acceptées chez 49 sociétés tribales sur 76 étudiées entre 1920 et 1950.
Des revendications identitaires surgissent
Ces débats ne doivent pas cacher une réalité plus tangible. Un mouvement de reconnaissance de la bisexualité est en train de prendre forme. Pour preuve, des magazines, des associations, des sites Internet apparaissent depuis peu dans le but de faire connaître leurs propres singularités. Et lutter contre le mépris venant aussi bien du milieu homosexuel qu'hétérosexuel. Au coeur de ces récentes revendications, les bisexuels semblent transmettre un message pour tous : l'essentiel est la qualité de la relation amoureuse. Que ce soit avec un homme ou avec une femme !
Homosexualité et psychanalyse
La psychanalyse s'essaie aussi à l'interprétation de l'homosexualité, en tentant d'éclairer les aspects inconscients du comportement sexuel, notamment les identifications qui les déterminent….
La question du choix de "l'objet sexuel" ne peut être réduite à une question d'hormones ou reposer sur quelques détails anatomiques. Que ce choix se porte sur le même sexe ou sur l'autre sexe, de nombreux facteurs physiques et psychiques orienteront la recherche amoureuse. Pour un même sujet, des identifications à des traits des parents ou d'un autre adulte viendront baliser son parcours amoureux, donnant une certaine cohérence à ses choix..
La sexualité, du point de vue psychanalytique, suppose de prendre en compte le pôle physique et le pôle psychique (ou psychosexuel).
Aux origines, le mythe des androgynes
En retranscrivant le "discours d'Aristophane", dans "Le Banquet", Platon nous informe sur "l'humanité primitive" et l' "Origine de l'humanité actuelle". Il s'agit du mythe des Androgynes. Autrefois, raconte-t-il, l'espèce humaine comportait trois genres : des mâles, des femelles et, à leur côté, l'androgyne. L'androgyne réunissait, en lui-même, les caractéristiques de chacun, mâle et femelle. Il possédait deux têtes, quatre mains, quatre pieds. Ainsi doté, l'androgyne s'autosuffisait et pouvait défier les dieux.
Zeus, pour les punir de leur suffisance, fendit les androgynes en deux moitiés. "Or, quand la nature de l'homme eut été dédoublée, raconte encore Platon, chaque moitié regrettant sa propre moitié, s'accouplait à elle…" (Le Banquet, chapitre " l'évolution de l'amour et l'explication de ses diverses formes ")
Que penser de ce mythe grec ?
Bien entendu, il n'était pas question de prendre ce récit au pied de la lettre, mais de le considérer comme véhiculant certaines représentations du fonctionnement psychosexuel du sujet. La question des origines du groupe, de l'individu, de la sexualité, interpelle l'homme depuis qu'il pense (donc depuis toujours ?). Le mythe est un récit qui construit les origines à travers l'histoire qu'il raconte, il est le fruit du travail de construction psychique des hommes, mis en forme, fondateur et transmissible par le groupe ( comme l'explique J.P. Valabréga dans "Mythe, Fantasme, Corps et sens" ).
On peut ainsi considérer que la discussion du " Banquet " propose la représentation de deux formes de sexualité : l'hétérosexualité comme résultant de l'existence de deux identités sexuelles bien distinctes au départ, et l'homosexualité issue de ce dédoublement traumatique à partir de l'androgyne, unité première autosuffisante.
Le point de vue de la psychanalyse
La psychanalyse tente d'éclairer les aspects inconscients du comportement sexuel, notamment les identifications qui le déterminent et les échanges entre les personnages imaginaires qui composent ces identifications.
Dans la perspective freudienne
Les sexualités sont plus ou moins liées à deux pôles psychiques : le pôle narcissique, qu'on peut définir par la dose d'amour que le sujet doit capitaliser pour lui-même, et le pôle oedipien qui met en jeu le don d'amour à un autre que soi-même.
Une sexualité évoluant de manière privilégiée sur le mode oedipien aboutit à une constitution bisexuelle de l'individu. La composante hétérosexuelle est normalement consciente, vécue et source de satisfaction. La composante homosexuelle, elle, est en partie refoulée et en partie sublimée ; elle est alors source des liens sociaux. Le déséquilibre de ces deux composantes homo et hétéro peut faire que l'homosexualité dite latente devienne manifeste dans le comportement, mais elle est toujours vécue avec culpabilité ; c'est l'un des tableaux cliniques de la névrose.
Ailleurs, la sexualité du sujet peut avoir pour vocation, outre la satisfaction, de soutenir le fantasme d'unité narcissique de celui-ci. Cette économie narcissique qui doit servir la sexualité conduit le sujet à se satisfaire de manière quasi exclusive avec un autre qui tient toujours du double.
· Dans le cas de l'homosexualité liée à un déséquilibre dans le fonctionnement oedipien, la psychanalyse redistribue généralement les cartes du désir vers l'hétérosexualité et l'atténuation de la culpabilité ;
· Dans le cas de l'homosexualité liée à des blessures affectives concernant l'image du sujet, la psychanalyse travaille l'écart du Sujet avec ses idéaux, les idéaux de la société et l'idéal de complétude amoureuse qu'il recherche ; entreprise au bout de laquelle il rencontre souvent l'effondrement dépressif. La psychanalyse, dans ce cas, remanie extrêmement rarement le choix sexuel du sujet - et d'ailleurs ce n'est pas son but, qui reste le rétablissement d'un équilibre entre les satisfactions sexuelles et le besoin d'aimer l'autre comme son double.
Dans la perspective lacanienne
Jacques Lacan a beaucoup apporté à la compréhension de l'homosexualité et du fonctionnement narcissique en échafaudant la théorie du "stade du miroir comme formateur du Je" et la problématique phallique.
Le phallus est avant tout un objet imaginaire de l'enfant, suffisamment "voilé" pour se révéler sous des aspects divers, mais dont le point commun est de manquer à la mère. Du rapport qu'entretiendra l'enfant, garçon et fille, à cet objet supposé "manquer" à sa mère, dépendra l'identité sexuelle.
De la place accordée à la parole du père par le couple mère-enfant, celle-la imprimera plus ou moins sa marque sur le phallus imaginaire l'attribuant plus ou moins au père. Le rapport de la constellation familiale à l'attribution phallique est l'opérateur principal de l'identité sexuelle. Pour plus de détails se reporter à la lecture du Séminaire V de J. Lacan "Les formations de l'Inconscient" Ed. du Seuil p . 161 à 213. Il est essentiel que la parole du père jouisse d'une certaine considération dans les échanges entre la mère et l'enfant. Accordant une certaine valeur à ce père, la petite fille va chercher de son côté ce qui plus tard avec un homme pourra lui procurer de la jouissance sexuelle, quant au petit garçon il cherchera à s'identifier à celui qui peut donner aux femmes jouissance, enfants…
Une question d'équilibre…
Le véritable but de la cure psychanalytique n'est pas de tenter de changer l'irréversible d'un choix sexuel non conforme à la "voie royale", c'est à dire hétérosexuelle, qui se déploie chez un sujet qui a traversé l'organisation oedipienne et s'y est structuré au passage.
Analyser c'est créer d'autres équilibres afin de permettre au Sujet de déployer "amour" et "travail" selon les termes imprimés sous la plume de S. Freud à la fin de son oeuvre.
Traiter des mécanismes de l'homosexualité ce n'est pas en détailler les diverses formes . André Green, dans son ouvrage "Les chaînes d'Eros" en fournit une réflexion détaillée.
Adolescence, sexualité et homosexualité
Notre orientation sexuelle se révèle le plus souvent au moment de l'adolescence. Durant cette période d'extrême fragilité psychologique et affective, il apparaît parfois difficile de faire face à une orientation affective et sexuelle différente de la norme hétérosexuelle. Etat des lieux d'une période clé avec de nombreux témoignages.
Aujourd'hui, le milieu associatif conscient de ces difficultés, vient en aide aux jeunes et à leur famille, proposant écoute, dialogue et soutien aux personnes concernées.
Pas toujours facile de trouver à qui parler
A l'adolescence, au début de l'âge adulte, bon nombre de garçons et de filles, d'hommes et de femmes, s'interrogent sur les sentiments qu'ils ressentent et qu'ils découvrent. "Ca fait longtemps que je sais que je suis attiré par les garçons. Je croyais que ça passerait, mais plus je grandis et plus je me rends compte que non. Je ne peux en parler à personne. Mon père réagit très violemment aux émissions sur le sujet. Mes copains et mes copines sont tous hétéros. Ils ont l'air tolérants comme ça mais je ne sais pas comment ils réagiraient. J'aimerais rencontrer un garçon de mon âge. Vous croyez que c'est naturel ?" Pierre, 15 ans, a, comme beaucoup d'autres jeunes de son âge, appelé la ligne Azur pour discuter d'attirance, de désir, de sexualité et d'homosexualité.
Depuis trois ans, les équipes de cette ligne d'écoute et d'information reçoivent les appels de jeunes - garçons et filles - qui cherchent un interlocuteur à qui se confier.
La valse des étiquettes
"J'ai 16 ans et je ne sais pas si je suis homo ou hétéro. Je trouve les filles lourdes. Mais ce sont peut-être des préjugés... Je ne parle pas ouvertement de ce questionnement autour de moi, seulement par allusions parfois" déclare Mathieu.
La sexualité reste encore un sujet tabou. Elle fascine, elle intrigue et celle des autres renvoie souvent à ses propres pratiques et à ses propres doutes. Cela s'accompagne d'une pression sociale obligeant chacun à se définir par rapport son comportement sexuel.
Quand on est adolescent, cette pression est souvent difficile à vivre et beaucoup de jeunes cherchent à savoir à quelle catégorie ils appartiennent. Homo ou hétéro, on a souvent le sentiment qu'il faut choisir son camp et on recherche alors en soi les signes, les preuves qui démontreraient que l'on appartient à tel ou tel groupe.
Mais la sexualité ne se résume pas à des catégories. Chaque individu la vit différemment et aucune règle n'existe en la matière. Il faut se donner du temps pour apprendre à se connaître, à identifier ses propres désirs. Toute expérience n'est pas forcément définitive, ni un engagement pour l'avenir. Eprouver une affection particulière pour sa meilleure amie quand on est une fille ne signifie pas obligatoirement que l'on est lesbienne. Se masturber entre copains en regardant des films pornos n'est pas une pratique réservée exclusivement aux homosexuels.
Découvrir son corps et chercher à connaître celui des autres, sont des étapes nécessaires pour trouver son équilibre. Et il est important de prendre son temps. Entre homosexualité exclusive et hétérosexualité exclusive, toute une gamme existe et c'est à chacun de faire son chemin pour savoir où il se positionne. A l'inverse, on peut se savoir homosexuel(le) sans avoir jamais couché avec une personne de son sexe.
Le regard des autres
"Je me sens homo mais je ne peux pas le vivre. Je suis très isolé, c'est difficile d'en parler en famille. Je suis toujours renvoyé à une image très négative de l'homosexualité. Au lycée, c'est terrible, je me fais insulter. Ça doit se voir que je suis homo. J'ai l'impression d'être un cas unique" regrette Laurent, 16 ans.
La faible représentation des homosexuels ou des bisexuels dans les médias, l'absence au collège ou au lycée d'espaces de discussion et d'information autour de la sexualité, donnent souvent l'impression d'être seul(e) au monde. Cette impression est renforcée lorsque l'entourage montre des signes d'hostilité à l'égard de toutes relations entre personnes de même sexe.
Dans certains milieux - en province ou en banlieue, l'homophobie quotidienne et lancinante est une pression sociale qui tend à cacher toute expression d'une attirance ou d'un désir à caractère homosexuel. Même si elle est invisible, il ne faut pas oublier que l'homosexualité est présente dans tous les milieux, dans toutes les régions, dans toutes les classes d'âge. Au lycée, un autre garçon ou une autre fille partage peut-être les mêmes angoisses, les mêmes doutes ou interrogations. Vous la côtoyez tous les jours, vous croyez la connaître et pourtant...
A l’origine, nous sommes tous bisexuels…e-santé.be
Des enquêtes réalisées dans la population générale nous apprennent qu’entre 30 à 40% des adultes reconnaissent avoir partagé des relations sexuelles avec les deux sexes ou avoir été attiré par les deux sexes. Notamment au cours de l’adolescence, période marquée par la recherche d’une identité sexuelle. Potentiellement, nous portons tous en nous une possibilité d’orientation sexuelle, vers l’hétérosexualité ou vers l’homosexualité et en ce sens, nous sommes tous bisexuels…

 

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